Je me souviens combien le cogito cartésien m'avait soufflé son évidence, un jour d'automne, sur la chaise d'une classe de philo. "Je pense donc je suis".
Car si je formule une pensée, c'est donc que le "je" existe. Dès lors
que Descartes eut la certitude que cette vérité était irréfutable par
le scepticisme, il réintégra toutes les idées qu'il avait évincées
auparavant.
En ce jour d'automne parisien, frais, gris, mais
délicieux, mon existence propre, et surtout l'existence de ma
conscience, et des pensées qui s'y forment me conduisent à une
introspection quant à ma démarche d'écriture.
J'avoue être
préoccupée par certaines questions existentielles, mais non vitales.
Cela prend du temps pour qu'une certitude se hierarchise dans notre
esprit, issu d'un magma gluant d'intuition, d'émotion, de ressenti,
auquel vient se coller la réflexion, et le raisonnement.
Comme une évidence, une amie hier, me tend un magazine, et j'y lis un
article fort intéressant quant au mensonge.
Parallèlement, je termine avec fébrilité un livre de David Lodge sur la
conscience. Des discussions deci-delà m'offrent de nouvelles
perspectives. Des rencontres absoluement magiques me procurent un
bien-être propice à nourrir mon imaginaire.
Voici donc la
recette de cette pensée. Aujourd'hui, je comprend les deux axes de ma
personnalité, et accessoirement de ma vie. Le rationnalisme dont j'ai
nécessairement besoin pour me structurer et me donner une assise
solide, ce qui se traduit par un amour de la science, et se manifeste
par le métier que j'ai choisi d'exercer, et dans lequel je m'épanouis
pleinement. D'autre part, je ne suis qu'une modeste humaine, dont
l'esprit a un besoin vital d'évasion. Je crée cette dernière par
l'exploration sans bride de mon imaginaire, mon univers intérieur. Ce
qui se traduit par mon goût prononcé de la littérature, du rêve comme
discipline à part entière, et plus globalement de la chose magique, et se manifeste par une passion dévorante pour l'écriture.
Il me plait de pouvoir poser des explications rationnelles aux maux de
notre époque, et de participer , à moindre échelle , à leur résolution.
Mais il me plait également de recycler la fange et de l'habiller de
poussières d'étoiles, d'interpréter la banalité, d'imaginer un lien
magique entre les volutes tracées par ma plume et l'impact possible sur
la conscience d'autrui, interagissant par conséquent avec ma
conscience propre.
Je pense par écrit. Je me surprends à
former des théories, entraînée dans les virgules, envoûtée par les
métaphores qui jaillissent malgré moi. Si j'écris, c'est que je pense,
et si je pense, alors je suis. Ou comment écrire détermine la ligne
bordante de mon être. Les mots fédèrent les consciences, à moins que ce
soit l'inverse...